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USA : quand la politique donne dans le « game »

Barack Obama ouvre la voix dans Burnout Paradise 

2008, Barack Obama -alors sénateur de l’Illinois et candidat démocrate à la présidence des États-Unis- devient le premier homme politique d’envergure à choisir le médium vidéoludique pour faire campagne. Du jour au lendemain des affiches partisanes apparurent dans les rues fictives du jeu Burnout Paradise sorti sur Playstation 3 et Xbox 360. Pour la première campagne « in game » ce sera asphalte, crissements de pneus et rugissements des grosses cylindrés. Emaillant, ici et là, les routes fictives de Paradise City (ça ne s’invente pas) les panneaux égrènent leurs slogans « Vote Obama » ou « Early Voting Starts Now ». Mieux encore, dans le cadre du online, des mises à jour effectuées en temps réel actualisent les messages en fonction du tempo et de l’actualité politique.

Cette campagne d’un nouveau genre, plusieurs dizaines de milliers de dollars au bas mot, permit au studio Electronics Arts (EA) d’empocher une jolie petite somme tout en devenant l'un des premiers relais vidéoludiques de la geste politique. Des Sims au Congrès, tout un programme!

Les équipes en charge de la communication démocrate étaient prêtes à enjamber d'un pas de géant  le fossé des compromissions pour parvenir à capter l’attention -plus que volatile- des 18-34 ans à l'heure où les jeunes se désengagent massivement des canaux traditionnels de diffusion. Le règne sans partage de la télévision n’est plus et les politiciens se doivent d'innover s’ils ne souhaitent  courir le risque d’être aussi bien déconnectés que ringardisés.

Côté gamers, l’accueil fut toutefois loin d’être unanime, certains y voyant une sorte de violation de leur espace ludique censé rester un refuge apolitique. Cette première saignée a décidément un petit parfum de colonisation médiatique. Ceci n’empêche que, pour le sociologue Henry Jenkin (spécialiste des cultures numériques),  l’intrusion du portrait d’Obama au sein des circuits virtuels de Burnout place les mondes pixélisés en tant qu’espaces légitimes de la chose publique, au même titre que la télévision ou la radio au cours des décennies passées !

 

En bref, le jeu vidéo vient de se faire déniaiser et plus rien ne sera jamais comme avant… La fin d’une certaine innocence...à moins que cela ne soit le début de l’âge de raison. 

Joe Biden dans Animal Crossing : faire campagne en temps de pandémie

En 2020, le monde est paralysé par la pandémie de COVID et la campagne présidentielle américaine doit – à toute force- se réinventer. Et vite encore ! Alors qu'est-ce qui peut être mieux que de parasiter le jeu « doudou » du confinement pour marquer (un peu) et réveiller (beaucoup) le désir politique en apparaissant dans Animal Crossing: New Horizons ? Avec 23 millions d’exemplaires vendus en moins de six petits mois plus que jamais le virtuel se fait refuge.  Et qui dit refuge dit potentiels envahisseurs aux aguets.

Ici, la « menace » est (une fois encore) à chercher du côté des démocrates puisqu’en septembre 2020, l’équipe de com dévoile « Biden HQ », un îlot virtuel rendu accessible via un code partagé sur les réseaux sociaux. Les joueurs désireux peuvent s’y rendre et explorer en toute liberté un environnement paradisiaque toutefois émaillé de pancartes électorales aux couleurs de la campagne Biden-Harris. Les palmiers c'est bien, la propagande c'est mieux ! Les visiteurs plus enthousiastes pourront même se procurer des goodies téléchargeables via un QR Code (t-shirts aux effigies de Kamala ou de Joe, pancartes estampillées de l'âne démocrate...) Coût estimé de l’opération ?

Près d’un million et demi de dollars mais c’est qu’il était urgent urger de rajeunir l’image de Biden alors âgé de 77 ans.

Comment, dès lors, ne pas y voir la parfaite illustration parfaite du concept de « capital symbolique » formulé par le sociologue français Pierre Bourdieu ? Les équipes de Biden  renouvellent l'exploit de transformer un espace ludique en agora politique. Il y avait les murs de pierres et de briques de la Grèce antique, il y aura désormais les pixels "made in Nintendo". J'insiste, persiste et signe : désormais les élites ont tout à gagner à se montrer dans ce qui était alors souvent si dédaigneusement appelé les « mondes imaginaires ». Mais d'une certaine manière, cette communication à distance, dans le confort tout relatif d'un salon ou d'une chambre, ne vient elle pas renouveler le dialogue feutré des pamphlets et autres tracs envoyés par courrier et ce dès la seconde moitié du XIX siècle ? Sauf qu'ici c'est le pélican Pete qui vient délivrer les missives reçues par les habitants des îles d'Animal Crossing.

DONALD Trump dans Grand Theft Auto V: Une Présence aussi officieuse que Polémique

Contrairement aux "raids" planifiés d’Obama et de Biden, Donald Trump s’est retrouvé intégré dans GTA V grâce (ou à cause) de (mods) créés tout spécialement par les communautés des joueurs en ligne. Depuis sa sortie en grande pompe en 2013, Grand Theft Auto V a dépassé les 195 millions d’exemplaires vendus et depuis plus de dix ans les mods pullulent. Surfant sur la vague du succès des plateformes tels Steam Workshop ou Nexus Mods permettent aux joueurs d’incarner un Donald Trump aussi caricatural que fidèlement modélisé. Au gamer de le protéger alors de hordes d’ennemis spécialement créés pour l'occasion: opposants politiques lambdas et autres journalistes.

Le nombre de ces créations aussi potaches que politiques virent leur popularité exploser durant la seconde campagne électorale du Donald avec des dizaines de milliers de téléchargements recensés sur Nexus Mods… avant que ladite plateforme -apeurée sans doute- viennent supprimer tout contenu jugé "offensant"! Il n’est pas permis de jouer avec n’importe qui.

 

Au fond nous n'avons rien réinventé depuis la poire de Daumier caricaturant Louis-Philippe, toucher aux icônes s'avère toujours un jeu périlleux. 

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